Monsieur le président de la Confédération,
Nous vous écrivons cette lettre pour vous parler de notre ville, Renens. Et vous en parler en bien.
Cette ville, autrefois petit village paysan, est devenue un symbole de la Suisse. Symbole que peut-être, nos autorités fédérales semblent oublier. Renens, ce sont, en grande majorité, des travailleurs étrangers, venus en Suisse au tournant industriel. A Renens, la gare a été construite au 19ème siècle, et c’est là que le village est devenu ville. Parce que les industries implantées autour de la gare ont eu besoin de travailleurs et travailleuses. Des gens venus de partout. Du sud de l’Europe d’abord, aujourd’hui du monde entier à l’image de sa bibliothèque interculturelle abritant quasiment toutes les langues du globe.
Renens c’est une ville riche. Sa gare, ses trottoirs, ses rues, ses maisons, ses commerces, mais surtout, oui, sa diversité. Jeune, solidaire, conviviale, un modèle d’intégration. En somme c’est une petite ville-monde, vivant en paix.
Aujourd’hui, cette paix est en sursis. Partout dans le monde, on voit la guerre se déchainer, et on aimerait que notre pays joue son rôle : celui de médiateur et non de complice de régimes inhumains. Et surtout, que notre pays puisse continuer d’offrir une aide humanitaire aux personnes victimes du contexte géopolitique généré par les conflits.
Ici à Renens, les gens soutiennent leurs familles restées au pays, et vivent aussi, parfois, dans la peur de ces conflits qui touchent leurs proches.
Combien de fois a-t-on entendu votre parti tenir des propos dénigrants à l’égard des étrangères et des étrangers, et durcir leur condition de séjour, refuser de faciliter leur intégration tout en leur reprochant de ne pas s’intégrer.
Ici à Renens, il y a des familles, dont la plupart des membres travaillent et qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts et doivent recourir à l’aide sociale.
La Suisse est au cœur de l’Europe, nous ne voulons pas être une tour d’ivoire, nous voulons être une place publique !
Nous regrettons une politique libérale qui s’attaque aux acquis sociaux obtenus de haute lutte. Par exemple :
• 13ème rente AVS et sa mise en place qui tarde
• Remise en cause du salaire minimum touchant surtout les jeunes et les femmes
• Augmentation du financement de l’armement au détriment des besoins vitaux de la population comme l’éducation, les soins et le logement.
Nous aimerions que notre Conseil fédéral se montre en phase avec les enjeux actuels : réduire notre empreinte planétaire, lutter contre la pauvreté et soutenir les salaires minimaux, les transports publics, le logement.
Nous aimerions que notre Conseil fédéral défende la neutralité, pas une neutralité à la carte et asservie, mais une neutralité active et courageuse, celle des Conventions de Genève héritée de notre vocation à la paix, à la défense des droits humains et à la protection des peuples opprimés.
Monsieur le président, en tant que bon vaudois , vous n’êtes pas sans connaître « La Venoge » , le poème de Jean Villars Gilles. Vous serez certainement sensible à la métaphore du fleuve en tant que déroulement de l’histoire humaine :
En effet, de sa source à son embouchure, le fleuve illustre le temps qui passe, le progrès et les dynamiques des civilisations. Et comme l’eau qui coule, l’histoire ne revient jamais en arrière. Le fleuve n’est jamais immobile, et symbolise le changement constant des sociétés. Et comme Héraclite l’a dit : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve… Le courant entraîne l’ensemble de l’humanité vers un même avenir, un destin commun.
Sa source représente les origines modestes de l’humanité. Ses méandres sont les rencontres, les migrations et les mélanges de culture qui enrichissent le lit commun. Les sinuosités sont des périodes de crise, de stagnation et de virages politiques et sociaux.
Les crues illustrent les révolutions, les guerres, les bouleversements majeurs qui redessinent le paysage humain. Les barrages sont les tentatives de contrôle, de figer le cours de l’histoire. L’embouchure évoque l’aboutissement de l’humanité se fondant dans l’océan du temps et du devenir.
Monsieur le président, nous vous remercions de prendre connaissance de notre lettre qui vous est personnellement adressée. Nous vous souhaitons une bonne fête nationale.
La Fourmi Rouge, section POP de Renens, le 31 juillet 2026

