Oui, nous voulons rester tranquilles le dimanche, dans la sérénité des magasins fermés. Oui, nous voulons rester avec nos enfants, nos amis le dimanche, le soir et la nuit ! Que nous soyons consommateurs potentiels ou travailleurs-ses dans les shops, nous n’avons rien à gagner avec l’ouverture des shops 24h sur 24.
Le dimanche et la nuit sont des biens précieux, gratuits, à protéger absolument. Que l’on soit chrétien pratiquant ou non, nous avons tous besoin d’un souffle, d’un temps de méditation, d’un temps de répit dans notre agitation hebdomadaire, un temps pour penser, se ressourcer, se détendre, un temps pour vivre en famille, entre amis, redécouvrir la nature, pratiquer un sport, lire, s’adonner à un art, et même ne rien faire. Le dimanche et la nuit : des biens précieux, gratuits à préserver absolument.
Ce ne sont pas les consommateurs qui demandent une ouverture prolongée des shops. Il n’y a pas des hordes d’infirmières et de policiers ou d’autres travailleurs de nuit qui doivent absolument s’acheter à manger à 2h du matin ou à 4. Nous ne contestons pas le fait qu’ils travaillent de nuit et peuvent quitter leur travail à de telles heures. Mais, ils prennent leurs dispositions comme n’importe quel consommateur averti.
Cette demande de prolongation des ouvertures de shops, certes restreinte aujourd’hui, provient des milieux commerciaux eux-mêmes. Ceux-ci ont en effet tout intérêt à formater des consommateurs esclaves de leurs envies, suivant bêtement la publicité, à qui on fait croire que le bonheur est dans l’immédiateté de l’achat. Les consommateurs idéaux seraient ceux qui achètent vite, beaucoup, trop, sans réfléchir, sans se demander s’ils ont vraiment besoin de ces articles, là maintenant. Les milieux commerciaux essaient par tous les moyens de formater des consommateurs qui répondent aux intérêts de la surconsommation, celle qui dépasse les besoins effectifs de la demande.
La prolongation de l’ouverture des shops sur les autoroutes et sur les axes à grand trafic ne concerne pas tous les magasins pour l’instant du moins. Et comment définit-on un axe à grand trafic ? En cas de oui le 22 septembre, d’autres magasins pourraient suivre et des consommateurs formatés au « tout tout-de-suite » demanderont à changer leur garde-robe ou leur mobilier et pourquoi pas leur voiture au milieu de la nuit. Le consommateur en sera-t-il plus heureux ?
L’argument que cette ouverture des shops se ferait en faveur des consommateurs ne tient pas.
Parlons donc des travailleurs concernés ou plutôt des travailleuses, car les femmes sont majoritaires dans ce genre de postes, souvent à temps partiel, parfois sur appel. Certaines vous diront que ces horaires irréguliers -actuels- les arrangent car elles s’organisent avec leur entourage pour la prise en charge des enfants. En cas d’ouverture 24h sur 24, non seulement la garde des enfants serait plus compliquée. C’est la présence en famille et les liens sociaux qui seraient compromis sans compter les risques au niveau de la santé. Le travail de nuit génère des problèmes de sommeil, des risques accrus de maladies cardio-vasculaires, et pour les femmes enceintes, à qui on ne pourra pas proposer un autre poste dans ce genre de commerce, des risques de fausses-couches, d’accouchement prématuré et de donner naissance à des bébés de plus petit poids. CF doc en ligne de la SUVA sur le site www.alliancepourledimanche.ch.
Les femmes, majoritaires dans ce type de poste, sont particulièrement exposées à la précarité. Sans compter les risques encourus au niveau de la sécurité sur les aires d’autoroute durant la nuit autant pour les hommes que pour les femmes travaillant dans les shops.
Alors les soirées, les nuits et les dimanches où les membres d’une famille se soutiennent, ressourcent, c’est seulement pour quelques privilégiés ? Bien sûr les policiers, les infirmières travaillent de nuit et le dimanche et c’est absolument nécessaire. Des compensations d’horaire sont définies dans leurs conventions collectives qui leur octroient des soirées des nuits et des dimanches de congé. Je ne pense pas que les vendeurs dans les shops puissent attendre dans l’immédiat de telles compensations. En tout cas ce n’est pas prévu le texte de loi que nous voterons le 22 septembre. Pour cette catégorie de travailleurs, au contraire, s’ils travaillent plus 6 dimanches par année et plus de 24 nuits, le caractère exceptionnel de cet horaire tombe. Cela devient un travail normal sans compensation pour les horaires de nuit et du dimanche.
Refusons l’ouverture des shops 24h sur 24. Votons NON le 22 septembre !
Et gardons nos dimanches et nos nuits.
Anne-Gabrielle Frund

