En quelques années, la Suisse est devenue un centre important dans le commerce des matières premières et 25% des transactions mondiales s’effectuent par la Suisse.

Le négoce permet une accumulation énorme des richesses entre les mains d’une petite minorité alors que, dans le même temps, les peuples producteurs de ces matières premières s’appauvrissent. Des régions, des pays entiers en sont réduits à la misère.

Le collectif contre la spéculation sur les matières premières, constitué de nombreuses ONG, groupes de défense de l’environnement, syndicats et mouvements de gauche, dont le POP et Solidarité, a organisé un forum le samedi 13 avril dernier ainsi qu’une manifestation le lundi 15 avril.

Il s’agit de dénoncer ces scandaleuses transactions qui permettent à quelques sociétés, basées en Suisse, de tirer de très gros profits tout en bénéficiant des largesses, de l’état de Vaud notamment, sur le plan fiscal. Par exemple, le cas de Vale qui a quitté le Brésil pour ne pas payer son dû en matière d’impôts et qui bénéficie d’exonérations fiscales tout en réalisant plus de 20 milliards de bénéfice en 2011.

Pendant ce temps, les peuples concernés par l’extraction des matières premières sont le plus souvent victimes de graves exactions. Soit ils doivent fuir des zones destinées désormais à l’extraction minière ou à des monocultures intensives pour du bio-carburant, soit ils sont engagés dans ces mines ou ces cultures avec des conditions de travail scandaleuses où les droits de l’homme, les droits de l’enfant et les droits syndicaux sont bafoués.

L’environnement subit de graves atteintes durables dont sont victimes, une fois de plus, les peuples vivant sur place : grave pollution des eaux, de la terre, intoxications dues à des traitements chimiques qui sont interdits chez nous mais que ces sociétés utilisent sans vergogne dans des régions démunies.

Le collectif contre la spéculation sur les matières premières a organisé un contre-sommet alors que se tenait la deuxième édition du « Sommet Mondial des matières premières » à l’hôtel Beau-Rivage Palace à Lausanne.

Lors du Forum, nous avons eu l’occasion d’entendre des orateurs très engagés sur le thème de « La Suisse paradis du négoce », par Marianne Aeberhard, Sébastien Guex et Carlo Somaruga. Ensuite, plusieurs représentants des peuples et travailleurs concernés directement par les problèmes évoqués, soit Francisco Mosquera Palacios, paysan-mineur de Colombie, Victor Nzuzi, paysan au Congo, Arthur Manuel, Idle No More, Canada.

En fin d’après-midi, diverses informations sur les campagnes en cours chez nous qui nous permettent de soutenir les luttes telles que « Stop à la spéculation sur les denrées alimentaires » par François Clément, JSS ; « droit sans frontières » par Michel Egger ; « Publiez ce que vous payez » par Catherine Morand, Swissaid ; « Caravane pour la souveraineté alimentaire » par Nicolas Bezençon, Uniterre ; «  Contre la baisse de l’imposition des entreprises » par Christine Dellsperger ; « Stop Impunité ! » par Michel Combes , ATTAC.

Le temps de prendre ensemble un bon repas bio, local et convivial, puis c’est le Grand Débat avec Monica Bargas, auteure de Impunidad SA, Jean Ziegler, auteur de Destruction massive , Victor Nzuzi, paysan du Congo RDC, Jo Lang, historien et auteur libre, Gilles Labarthe, journaliste d’investigation.

Mais la lutte ne se résume pas au compte rendu de ces manifestations.

Nous devons aussi exiger de notre gouvernement qu’il mette rapidement en pratique les recommandations de la Déclaration de Berne dont voici deux exemples.

  • Les sociétés suisses actives à l’étranger doivent être soumises à un devoir de diligence en matière de droits humains, comme le réclament les 135’000 signataires de la pétition «Droit sans frontières». Il devrait en résulter l’obligation de rendre compte des risques de violation des droits humains identifiés et des mesures prises pour y faire face. Le rapport de droit comparé que le Conseil fédéral et le Parlement viennent de commander doit être terminé rapidement et une proposition de modification de loi efficace doit être faite.

  • La responsabilité des sociétés suisses en matière de violation des droits humains et de graves dommages environnementaux doit être étendue aux activités de leurs filiales à l’étranger. L’accès à la justice des victimes de violation de droits humains doit être intégré dans les travaux menant à l’élaboration de la stratégie du Conseil fédéral visant à appliquer en Suisse le cadre de référence des principes de Ruggie.

Voir le site de la DB www.ladb.ch qui a publié Swiss Tradind SA
Signez l’initiative « Pas de spéculation sur les biens alimentaires » sur http://www.solidar.ch/speculation

Anne-Gabrielle Frund