Je ne vais pas écrire un article théorique, mais décrire la situation dans laquelle je me trouve quotidiennement. Elle vous concerne tous et toutes : qui, dans sa vie, n’a pas fait appel à un déménageur ?

En arrivant en Suisse, j’ai tout de suite compris que ce serait difficile : il fallait d’abord obtenir un permis d’établissement, puis un logement, ensuite du travail. Les faits m’ont poussé à devenir déménageur, ce qui n’était pas mon métier. Parce qu’il faut un boulot pour vivre. Après plein de difficultés, j’ai réussi à créer ma société à responsabilité limitée. Depuis dix ans, je m’occupe de déménagement, nettoyage, garde-meuble et débarras. Je ne gagne pas bien, j’ai même des difficultés mais je tourne… Le déménagement est un métier dur, peu payé, et nous n’avons pas toujours du travail, 7 à 8 jours au maximum par mois. Pour le reste, c’est le service social ou le chômage. Et si c’est votre propre entreprise, il faut se débrouiller seul, soit vous cassez les prix (comme vous vous cassez le dos) et vous gâchez le métier (rendez-vous pas respectés, ouvriers sous-payés, etc.), soit vous travaillez bien et vous fidélisez la clientèle.

Le problème, ce sont les déménageurs occasionnels qui viennent de partout. Pour sauver leur vie, pour vivre plus heureux, ou même pour devenir riches, pourquoi pas. Des Kurdes, des Turcs, des Arabes, des Albanais, des Latinos… A cause de la crise économique, il y a de plus en plus de chômage. En Suisse, certains chômeurs ou chômeurs potentiels essayent de monter leur entreprise. Comme ce n’est pas bien compliqué de faire du déménagement, il y a de plus en plus de déménageurs sur le marché qui ne connaissent pas bien le métier (d’où dégâts, meubles cassés, etc.). Et comme en plus il y a une crise du logement à Zurich, Genève ou Lausanne, il y a de moins en moins de déménagements. La concurrence est forte, donc beaucoup cassent les prix et font n’importe quoi. Dans le domaine du déménagement et du nettoyage, il y a aussi pas mal de travailleurs au noir, qui travaillent pour des salaires de misère.

Toutes les idées et religions ont leur éthique. Mais le capitalisme n’a pas d’éthique, c’est la loi de la jungle. Tout est permis, c’est la loi du plus fort. Au capitaliste et à l’entrepreneur, tout est permis, mais le pauvre, lui, doit respecter les lois.

En conclusion, l’Etat doit faire des contrôles, en particulier dans le domaine du déménagement et du nettoyage. Il doit sanctionner les abus. Mais ce n’est pas l’ouvrier qui doit être puni, c’est celui qui donne du travail avec des salaires scandaleusement bas.

Behram Alabay (avec Pierre Jeanneret)