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Comment expliquer que le Parti Communiste Français (PCF) soit passé de 565’000 adhérents en 1978 à 130’000 seulement au milieu des années 2000 ? Comment expliquer que ce parti ait obtenu 21% des suffrages au premier tour de la présidentielle en 1969 et 1,7% en 2007 ? Comment expliquer, de manière générale, la désintégration des partis communistes occidentaux à partir des années 1970 ?Comment expliquer que le Parti Communiste Français (PCF) soit passé de 565’000 adhérents en 1978 à 130’000 seulement au milieu des années 2000 ? Comment expliquer que ce parti ait obtenu 21% des suffrages au premier tour de la présidentielle en 1969 et 1,7% en 2007 ? Comment expliquer, de manière générale, la désintégration des partis communistes occidentaux à partir des années 1970 ?
La thèse principale de Julian Mischi est que le déclin du PCF n’est pas dû à la soi-disant disparition de la classe ouvrière. Cette classe a certes connu une forte mutation, passant progressivement des métiers d’usine à ceux d’exécution dans le secteur des services. La plupart de ceux qui sont comptabilisés comme « employés » dans les statistiques sont en fait des emplois voisins de ceux des ouvriers, souvent non qualifiés, occupés principalement par des femmes (assistante maternelle, femme de ménage, etc.). De plus, la classe ouvrière en tant que telle est loin d’avoir disparu et est même, au niveau mondial, plus nombreuse que jamais. En France, en 2010, la part des ouvriers dans la population active totale est de 23% ; elle est même d’un tiers chez les travailleurs masculins. L’auteur montre avec grande pertinence que ce n’est pas la recomposition du monde du travail qui a affaibli le PCF mais qu’il s’est, à partir des années 1970, principalement désarmé de lui-même, en abandonnant les principales préoccupations des couches populaires et en laissant de côté sa nature de classe.
La dilution idéologique du PCF et son abandon des couches populaires
Depuis les années 1930 jusqu’aux années 1970, le PCF avait contribué à la formation d’une véritable culture de classe parmi les ouvriers français. Malgré les divisions (hommes-femmes, urbains-ruraux, nationaux-étrangers, etc.), le PCF était parvenu à unir la classe ouvrière autour de l’objectif de se représenter soi-même et de conquérir le pouvoir politique. Il était alors le premier parti de la gauche française, très loin devant le parti socialiste.
Néanmoins, dès les années 1970, le déclin du PCF coïncide avec une double désouvriérisation : du personnel communiste d’abord, car le parti, sous prétexte de s’ouvrir aux « nouvelles couches sociales » et à la « diversité », abandonne progressivement les mécanismes qui permettent de promouvoir des ouvriers et de contrôler l’ascension des couches qui ont un capital scolaire supérieur (enseignants principalement). De la parole communiste ensuite, car le PCF abandonne le vocabulaire qui a trait à l’exploitation et au travail et se concentre de plus en plus sur les « pauvres », les « exclus », la « misère », le « quart-monde », les « marginaux » et les « minorités ». Toutes ces notions obscurcissent le rapport de classe qui structure le système capitaliste (la « misère » ne tombe pas du ciel, elle est imposée par l’exploitation croissante des travailleurs-euses).
Un discours a-classiste dégradant qui valorise l’individu
Cette nouvelle orientation misérabiliste du PCF provoque une reconfiguration fondamentale de son rapport à la classe ouvrière. Alors que celle-ci était valorisée comme force de production des richesses du pays, du progrès technique, de l’avancée sociale, elle est désormais catégorisée par les termes de « milieu défavorisé », de classe marquée par la « pauvreté » et « l’exclusion ». En d’autres termes, alors que la valorisation de la dignité ouvrière était un marqueur fort de la résistance du PCF face à la bourgeoisie, le nouveau discours dégradant et a-classiste sur la misère est en fait un affaiblissement important du parti.
La classe ouvrière n’est plus vue comme la force ascendante et constitutive de la future société socialiste mais comme une classe dominée, fragile, comme l’ensemble des « petites gens ». Avec l’adoption de ce discours a-classiste, le but des dirigeants du PCF n’est plus de donner à la classe ouvrière le pouvoir dans le parti et dans la société toute entière mais de parler en son nom. Les dirigeants transforment progressivement le PCF en un parti de gestionnaires, de « gens utiles » à la société (capitaliste). Les ouvriers ne se reconnaissent pas dans cette image dévalorisante et stéréotypée qui leur est renvoyée d’eux-mêmes et quittent progressivement le parti.
Une autre modification majeure du discours communiste est la reconnaissance des « droits de l’individu » indépendamment de sa classe sociale ; le marxisme-léninisme est donc progressivement évacué au profit d’un « humanisme individualiste » qui valorise l’émancipation de chacun. Ce faisant, l’individu devient prioritaire face au parti ; ce dernier abandonne le centralisme démocratique, le principe qui proclame l’unité d’action et l’interdiction des attitudes fractionnaires une fois les décisions prises démocratiquement. Cela laisse la porte ouverte à la domination de thématiques sociétales héritées des revendications de mai 68 : droits des minorités (alors que la classe ouvrière constitue l’immense majorité de la population), droits des migrants (mais abandon de la thématique de l’impérialisme), libéralisation sexuelle, etc.
Quelle expérience à en tirer pour le POP ?
En abandonnant sa référence à la classe ouvrière et sa nature de classe, le PCF a lui-même ouvert la porte à une dépolitisation massive des couches populaires, désormais majoritairement abstentionnistes ou (dans une moindre mesure) reportées vers le Front national. Cette séquence historique traitée par Julian Mischi devrait nous servir d’expérience importante : en abandonnant le projet de devenir un véritable parti de classe, en traitant les thématiques sociétales et individualisantes au détriment des thématiques sociales, en adoptant un discours dégradant et a-classiste sur les couches populaires, tout parti communiste ouvre la voie à sa propre désintégration et, ce faisant, permet à la bourgeoisie d’augmenter considérablement le taux d’exploitation et de renforcer son pouvoir. Depuis la disparition du PCF en tant que véritable force d’opposition, les travailleurs-euses français ont en effet connu un recul brutal de leurs conditions de vie, encore exacerbé depuis l’élection d’Emmanuel Macron. La bourgeoisie a bien compris l’intérêt de ce nouveau discours qui promeut les « minorités » afin de diviser la classe ouvrière en des identités multiples.
Il est donc utile de rappeler que la principale raison de la désaffection des couches populaires pour les partis de gauche provient essentiellement de cette gauche elle-même. Le bilan à tirer de cette stratégie qui a relégué le combat contre l’exploitation au second plan montre aujourd’hui qu’elle est impuissante voire complice des reculs sociaux majeurs que connaissent le prolétariat suisse et mondial. La reconquête des couches populaires passera, si l’on en croit le livre de Julian Mischi, avant tout par la reconstruction d’un véritable parti de classe, dont le but principal est d’unifier les couches populaires au-delà de leurs identités sociétales (sexe, religion, nationalité, orientation sexuelle).
Julian Mischi, « Le communisme désarmé. Le PCF & les classes populaires depuis les années 1970 », Contre-Feux/Agone, 2014.
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