[cmsms_row data_padding_bottom= »50″ data_padding_top= »0″ data_overlay_opacity= »50″ data_color_overlay= »#000000″ data_bg_parallax_ratio= »0.5″ data_bg_size= »cover » data_bg_attachment= »scroll » data_bg_repeat= »no-repeat » data_bg_position= »top center » data_bg_color= »#ffffff » data_color= »default » data_padding_right= »3″ data_padding_left= »3″ data_width= »boxed »][cmsms_column data_width= »1/1″][cmsms_text animation_delay= »0″]

Le harcèlement scolaire touche près d’un enfant sur 10. Cela va des bagarres organisées ou du racket en passant par les paroles insultantes, les humiliations et le lancement de rumeurs discriminantes sans oublier le harcèlement sexuel et genré. Le phénomène est maintenant amplifié par l’utilisation des réseaux sociaux, ce que l’on appelle le cyberharcèlement. C’est surtout la répétition de ces phénomènes et l’acharnement sur l’un ou l’autre des élèves qui posent problème car ces violences à répétition conduisent à l’isolement de la victime, qui a de la peine à en parler, à la fois de peur des représailles mais aussi parce qu’il peut avoir honte de sa position de « faiblesse ». Souvent -pour ne pas dire toujours- il y a des témoins qui sont complices passifs, se taisent et ainsi participent à la répétition des comportements des harceleurs qui se sentent ainsi légitimisés.

La victime va ainsi souvent montrer des signes indirects de son mal-être et présentera des symptômes somatiques où les maux de tête et de ventre jouent un rôle important mais aussi en arrivera à faire un absentéisme scolaire qui peut aller jusqu’à une phobie scolaire.

Je me souviens d’un jeune que je connaissais bien, soucieux et plutôt bon élève qui peinait à se faire des amis. En arrivant en 9ème VP, il a commencé à baisser ses notes de manière importante, sans que personne n’en comprenne la raison, en se plaignant de forts maux de tête et même de pertes d’équilibre qui ont amené à de nombreuses investigations qui se révélèrent toutes normales. Mais, les malaises ont perduré, et malgré une sensibilisation de ce jeune et de sa famille à une possible origine psychologique traumatique, cette hypothèse ne semblait pas crédible à leurs yeux. Ce n’est que 3 mois plus tard et lors d’une hospitalisation pour réévaluer la situation globale que ce jeune a pu expliquer sa tentative d’autosabotage scolaire pour « être comme tout le monde » et avoir des amis. Mais cela n’avait pas marché et il ne savait plus comment s’en sortir. Il était toujours isolé et en plus sa famille ne le comprenait plus ! C’est là qu’il a reconnu les brimades subies par l’un de ses camarades et sans que le professeur ne réagisse aux commentaires de « gros intello », car en plus d’être bon élève il était un peu pataud. Dès le lendemain de son « aveu », et après une longue discussion avec ses parents, les symptômes physiques ont disparu et, après négociation avec l’école, l’enfant a retrouvé sa joie de vivre et a passé son année en ne comptabilisant que ses notes du 2ème semestre. Il a maintenant commencé un CFC dans une entreprise de la région.

Quels enseignements peut-on tirer de cet exemple :

-Le harcèlement scolaire doit être reconnu et même recherché devant tout décrochage scolaire et tous maux psychosomatiques ou renfermement d’un enfant sur lui-même.

-Malgré la mise en place de mesures contre le harcèlement scolaire par le Département de la Formation de la Jeunesse et de la Culture (DFJC) depuis maintenant 2 ans, de nombreux établissements scolaires du canton peinent à prendre ce problème au sérieux et n’utilisent pas toujours les moyens mis à disposition par le canton ni ne respectent les recommandations faites.

-Le besoin en formation et de sensibilisation des enseignants est essentiel, aussi bien dans le cursus de base que dans la formation continue.

-La collaboration entre les diverses institutions doit être plus fluide en particulier entre les directions des établissements et le Service de la Protection de la Jeunesse (SPJ) et la police. C’est encore un point extrêmement fragile comme j’ai pu encore le vérifier récemment dans ma région où le lynchage d’un élève par un autre a été filmé puis mis sur les réseaux sociaux. Or, la direction de l’établissement avait déjà été au courant du harcèlement qui existait depuis quelques mois et avait avisé le SPJ qui connaissait aussi les élèves concernés mais n’avait pas répondu aux avertissements et finalement la seule réponse de la direction cantonale de l’enseignement a été de recommander l’exclusion scolaire. Dans ce cas, plutôt que de faire de la prévention secondaire, concertée, on a fait de la répression, ce qui risque d’enfermer les protagonistes dans leurs attitudes négatives pour tous, tant le harceleur que le harcelé et même le témoin qui a filmé la scène préméditée.

-Il  faut promouvoir des projets d’établissements en lien avec le climat scolaire : cela passe par un travail sur les relations entre enseignants et élèves avec la création de chartes et de règles bien définies, mais aussi d’une valorisation du métier d’enseignant ; un professeur lassé et usé par ses tâches, qui doit faire de l’enseignement individualisé mais qui a à faire face à des classes de plus de 25 élèves avec en plus l’intégration d’enfants avec des besoins spécialisés et à qui l’opinion publique tend à jalouser ses 13 semaines de vacances, sans dire que, formellement 6 sont « non payées » aura de la peine à faire face aux défis de son métiers d’éducateur. Mais le climat scolaire passe aussi par une bonne qualité des bâtiments scolaires. C’est important de le rappeler aux communes qui cherchent à faire pression pour diminuer la grandeur des classes et des préaux et faire des économies sur les matériaux de construction ou l’aménagement tant intérieur qu’extérieur.

-Il est aussi impératif que l’école et les parents travaillent main dans la main et cessent de se renvoyer la balle en cas de conflit.

La démocratie repose sur l’éducation : c’est une manière de vivre ensemble et de participer au bien-être de tous. Il faut rappeler que promouvoir une formation citoyenne n’entre pas en conflit avec les autres buts éducatifs. L’école -sur la pression de la droite de ce canton- s’est un peu enfermée sur ce qui est mesurable et standardisé (et révélé par les enquêtes PISA).

A nous de défendre une école inclusive, où le vivre ensemble est plus important que la performance individuelle, où nos enfants vont avec plaisir plutôt que la « boule au ventre ».

Bernard Borel pédiatre FMH

[/cmsms_text][/cmsms_column][/cmsms_row]